Il y a plusieurs décennies, lorsque les communautés ouvrières étaient plus étroitement liées par l’industrie manufacturière, la communauté était une caractéristique forte des travailleurs. Bien qu’il y ait eu des barrières entre nous, dues à des formes distinctes d’oppression (par exemple, en raison de la race, du sexe, de la sexualité, etc.), notre oppression socio-économique commune constituait une base d’unité sur laquelle, en période de lutte de classe acharnée contre la classe dirigeante capitaliste, nous reconnaissions très clairement que notre solidarité de grande envergure dépassait toutes les barrières des préjugés bourgeois acquis.
Aujourd’hui, cependant, nos communautés sont différentes ; le capitalisme a progressé et s’est adapté pour piller davantage la classe ouvrière mondiale. En conséquence, ici au Canada, nous nous retrouvons dans des emplois précaires, déconnectés dans de petits lieux de travail isolés où la communauté, sans parler de la solidarité de classe, est rare à s’épanouir.
Pour faire revivre notre communauté, pour renforcer notre solidarité, pour organiser notre lutte de classe commune, et pour finalement apporter les changements si nécessaires que nous souhaitons, nous devons franchir non seulement les barrières des différences, mais aussi celles des lieux de travail. Il ne suffit pas que les travailleurs d’une même entreprise nouent des liens en dehors de leurs lieux de travail séparés, ni que les travailleurs d’une même industrie fassent de même. Nous devons nous rassembler dans toutes les directions, à travers la ville, l’île, la province, le pays. Au sens large, même cela ne suffit pas ; les travailleurs du monde entier doivent s’unir si nous voulons vraiment créer un monde meilleur pour tous.
Notre première étape, aussi humble soit-elle, est de rassembler notre communauté sur une base mensuelle régulière. Nous pourrons y trouver un répit dans notre exploitation, tisser des liens avec ceux qui nous ressemblent et dont nous sommes pourtant séparés, discuter de nos luttes contre le capitalisme, le patriarcat, le colonialisme, l’islamophobie, le racisme, la cis-hétéronormativité, et au-delà, et enfin nous organiser pour notre avenir commun en tant que communauté de travailleurs diversifiée en voie de re-solidification. Rassembler un tel éventail de personnes de la classe ouvrière est une nécessité absolue si l’on veut obtenir un changement substantiel ; tout changement positif réel doit venir des masses d’en bas. Si nous ne parvenons pas à construire une communauté durable, nous ne parviendrons pas à nous faire entendre, et donc à changer notre société pour la libérer de l’oppression et de l’exploitation que nous endurons aujourd’hui.

